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Papous rassemblés près d'une église dans le district de Sugapa suite à des échanges de coups de feu dans la zone, le 2 novembre 2021, dans un contexte de conflit lié au Wabu Block.

Wabu Block : le projet de la discorde en Indonésie

Le gouvernement indonésien souhaite exploiter l’un des plus importants gisements d’or du territoire : le Wabu Block. Depuis, la région est devenue le théâtre d’un conflit opposant les forces de sécurité gouvernementales et les peuples autochtones vivant sur ces terres.

Quand l’extraction minière met en péril les droits humains. Depuis plus de deux ans, l’Indonésie s’est lancée dans un projet d’exploitation du Wabu Block, l’un des plus importants gisements en or sur son territoire, dans la régence d’Intan Jaya en Papouasie Occidentale. Depuis lors, les populations autochtones vivant sur le site minier et à proximité s’indignent de cette activité. Face à la contestation, un véritable conflit est né autour de l’or.

Dans un rapport publié lundi 21 mars, l’ONG Amnesty International met en lumière les multiples violences que l’État indonésien commettrait à l’égard des populations autochtones. En effet, des Papous appartenant à la tribu Moni vivent sur ces terres. Des femmes et des hommes vivant dans la région depuis des siècles, qui refusent de se faire exproprier.

Violations des droits humains

Amnesty International a enquêté de 2020 à 2021 sur les agissements des autorités indonésiennes dans la région. Pour eux, le constat est accablant : des meurtres auraient été perpétrés par des membres des forces de sécurité, à l’encontre d’autochtones. L’ONG en recenserait douze sur la période concernée. Des actes de barbarie seraient aussi commis. Purement gratuits, ils sont destinés à « montrer l’exemple », à faire fuir les populations en présence. Certains sont donc contraints de quitter leur terre natale. Fuir leur village, leur maison, et laisser derrière eux leur bétail.

« En faisant fi des besoins, des souhaits et des traditions des Papous autochtones, le projet de mine de Wabu Block risque d’aggraver une situation qui se dégrade rapidement sur le plan des droits humains », a témoigné Usman Hamid, directeur d’Amnesty International Indonésie, dans le rapport. Le gouvernement indonésien a intensifié sa présence sur le territoire. Il y a deux ans, étaient recensés deux postes de sécurité dans le district de Sugapa, au sein de la régence d’Intan Jaya. Aujourd’hui, il y en a dix-sept selon l’ONG.

Image satellite montrant la zone de délimitation du Wabu Block, à cheval sur trois régions.
Image satellite montrant la zone de délimitation du Wabu Block, Amnesty International

Concrètement, l’organisation réclame la suspension du processus d’octroi de licences pour l’exploitation du Wabu Block, du fait des atteintes présumées aux droits humains. Elle demande également au gouvernement de Jakarta une consultation « adéquate et significative » auprès des populations autochtones. Le consentement libre et éclairé des Papous, condition sinéquanone pour mener à bien cette exploitation minière.

Face à la gravité des faits allégués par Amnesty International, le gouvernement indonésien s’est défendu. Il qualifie ce rapport de “non-professionnel, mal intentionné et unilatéral”. À noter que le 1er mars 2022, le Conseil des Droits de l’homme de l’ONU avait déjà publié un communiqué sur la situation, dénonçant des abus sans précédent à l’encontre des Papous, et des déplacement massifs forcés dans la région.

Le conflit est-il né à avec ce projet ? En réalité, il est plus ancien. La Papouasie est un territoire divisé en deux parties : la Papouasie Occidentale à l’Ouest, annexée par l’Indonésie dans les années 60, et la Papouasie-Nouvelle-Guinée à l’Est. Côté indonésien, des groupes indépendantistes papous luttent depuis des décennies pour chasser le gouvernement indonésien. Cet affrontement est donc ancien, et les violations des droits humains elles aussi. Quelle que soit la réponse à apporter sur la question de l’indépendance, le projet du Wabu Block ne fait qu’amplifier un conflit déjà existant.

Des dizaines de personnes manifestent le 9 février 2022 à Jakarta, capitale de l'Indonésie, pour protester contre le projet de mine d'or du Wabu Block
Rassemblement contre le projet Wabu Block le 9 février 2022 à Jakarta, Alfan Winanto, CC BY-NC-SA

La ruée vers l’or

C’est l’objectif fixé par les autorités indonésiennes depuis plusieurs années sur son territoire, ce en dépit de protection de la biodiversité, et des populations autochtones en présence. Cet archipel, constitué de plus de 13 400 îles au total, dispose de nombreuses ressources. Notamment en cuivre, mais aussi en or. Beaucoup d’or. Un privilège que l’État Indonésien compte bien rentabiliser. En témoigne l’exploitation, depuis longtemps déjà, de la mine de Grasberg, plus grand gisement d’or au monde en termes de réserves, situé en Papouasie Occidentale.

C’est donc aussi dans cette région du pays qu’un nouveau projet de gisement est à l’œuvre. Une immense zone nommée Wabu Block, située entre 2 000 et 3 000 mètres d’altitude. Elle s’étendrait sur plus de 69 000 hectares. Le gouvernement indonésien convoite cette réserve depuis longtemps, car elle renfermerait environ 8,1 millions d’onces d’or (mesure anglo-saxonne des métaux précieux) selon Amnesty International.

Antoine Portoles

Crédit photo en tête d’article : Papous rassemblés près d’une église après des échanges de coups de feu dans le district de Sugapa le 2 novembre 2021, ©Private Amnesty International

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