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Semences d’espoir : le combat de Glorieuse Zania pour la souveraineté alimentaire


À 23 ans, Glorieuse Zania porte la voix des communautés autochtones d’Afrique centrale dans leur lutte pour la souveraineté alimentaire et la préservation des savoirs ancestraux. Entre déracinement, engagement et espoir, son parcours illustre la force d’une jeunesse déterminée à protéger ses racines pour mieux construire l’avenir.


◆ Grandir au cœur de la forêt
Glorieuse est née dans le territoire de Walikale, à proximité du parc national de Kahuzi-Biega, une région riche en biodiversité. C’est dans cet environnement forestier que sa communauté a construit, génération après génération, un mode de vie en harmonie avec la nature. « Notre alimentation est diversifiée, naturelle et profondément liée à la forêt », explique Glorieuse Zania. Les Bambuti vivaient traditionnellement de la chasse, de la cueillette et d’une agriculture adaptée aux cycles naturels. Leur connaissance fine des écosystèmes, des saisons et des cultures locales constituait un patrimoine vivant, transmis de génération en génération mais cet équilibre fragile a été profondément bouleversé.



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 Déplacements forcés et rupture des équilibres
Ces dernières années, l’insécurité dans l’est de la République Démocratique du Congo a entraîné des déplacements massifs. De nombreuses familles ont été contraintes de quitter leurs terres ancestrales, rompant ainsi le lien vital qui les unissait à leur environnement. « Nous avons perdu l’accès à nos terres, et avec elles, une partie de nos pratiques et de notre mode de vie », témoigne Glorieuse Zania. Ce déracinement a eu des conséquences directes sur l’alimentation des communautés. Les semences locales, adaptées au climat et aux sols, ont progressivement été remplacées par des variétés importées. Les aliments transformés ont pris une place croissante dans le quotidien. Or, pour les Bambuti, les semences traditionnelles ne sont pas de simples ressources agricoles : elles sont porteuses d’identité, de mémoire et de résilience. « Quand ces variétés disparaissent, nous perdons aussi une partie de notre culture », souligne Glorieuse.


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◆ Restaurer les semences, restaurer la dignité
Face à ces défis, Glorieuse et d’autres jeunes de sa communauté ont décidé d’agir. Leur objectif : restaurer les semences traditionnelles et renforcer la souveraineté alimentaire. Avec le soutien du mouvement Slow Food, ils ont mis en place des initiatives concrètes, notamment à travers les Jardins Slow Food et l’Arche du Goût, pour protéger les variétés locales menacées. Ces actions vont bien au-delà de l’agriculture. Elles participent à une véritable reconstruction collective. « Nous ne voulions pas rester sans rien faire. Restaurer nos semences, c’est aussi préserver nos savoirs et notre identité », explique Glorieuse Zania. Les femmes jouent un rôle central dans ce processus. Gardiennes des semences et des savoirs, elles assurent la transmission aux nouvelles générations.



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Les jardins comme lieux de transmission
Dans les communautés bambuti, les jardins sont devenus des espaces essentiels. « Ce ne sont pas seulement des lieux de production, mais des espaces d’apprentissage et d’espoir », précise Glorieuse. On y cultive des plantes, bien sûr, mais aussi des connaissances, des liens sociaux et une fierté retrouvée. Les jeunes, et en particulier les femmes, y trouvent un rôle actif dans la sécurité alimentaire de leur communauté. Ces initiatives contribuent également à restaurer la confiance collective, mise à mal par les déplacements et les crises.


Vivre loin de la forêt, garder l’espoir
Aujourd’hui encore, de nombreuses familles bambuti vivent loin de leur environnement d’origine. L’impossibilité de retourner dans la forêt, occupée par des groupes armés, reste une blessure profonde. « Nous ne pouvons plus vivre selon notre mode de vie traditionnel. C’est un immense défi », confie Glorieuse. Malgré tout, l’espoir demeure. À travers les projets agricoles et les réseaux de solidarité, la communauté continue de se reconstruire.
En 2022, elle a participé pour la première fois à Terra Madre, la rencontre mondiale du mouvement Slow Food. Cette expérience a marqué un vrai tournant. « J’y ai appris énormément et j’ai construit un réseau solide avec d’autres communautés », raconte-t-elle. Elle y a découvert une réalité essentielle : partout dans le monde, des communautés partagent les mêmes luttes et les mêmes aspirations. Cette mise en réseau a renforcé son engagement et élargit ses perspectives.

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Défendre les droits et l’environnement
En parallèle de son travail de terrain, Glorieuse poursuit des études en droit international. Son ambition est claire : défendre les droits des peuples autochtones et protéger leurs terres. Elle envisage également une spécialisation en droit de l’environnement, consciente des enjeux liés à la protection des ressources naturelles et des savoirs traditionnels. « Je veux développer les outils nécessaires pour aider ma communauté à long terme », affirmet-elle.



Une jeunesse engagée pour l’avenir
Dans les pays où elle intervient, Glorieuse observe une dynamique encourageante : une forte mobilisation des jeunes en faveur des pratiques alimentaires traditionnelles et de la biodiversité. « Voir la jeunesse s’engager, c’est déjà une victoire », souligne-t-elle. Cette nouvelle génération porte une vision différente du développement, fondée sur le respect des cultures, de la nature et des savoirs locaux.


Glorieuse Zania mène une résistance déterminée, à la croisée des traditions et des défis contemporains. À travers son engagement, elle rappelle que la souveraineté alimentaire ne se limite pas à produire de la nourriture : elle consiste à préserver des identités, des savoirs et des liens profonds avec la terre. Dans un contexte marqué par les crises et les déplacements, les initiatives portées par les communautés autochtones montrent qu’un autre modèle est possible… un modèle enraciné dans la transmission, la solidarité et le respect du vivant ! En redonnant vie aux semences, c’est tout un avenir qui est en train de germer.



Cette année, Terra Madre Salone del Gusto aura lieu à Turin (Italie), du 24 au 28 septembre 2026

Jessica Baucher avec Slow Food


* Crédit photo en tête d’article: ©Pixabay

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