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Sierra Nevada de Santa Marta : la montagne sacrée des peuples autochtones au bord de l’extinction



Au nord de la Colombie, la Sierra Nevada de Santa Marta, sanctuaire écologique et spirituel unique au monde, est devenue un territoire convoité par les trafiquants de drogue, les groupes armés et les intérêts économiques illégaux. Pour les peuples autochtones qui y vivent depuis des millénaires, cette escalade de la violence représente une menace existentielle : celle de disparaître physiquement et culturellement.


◆ Une terre sacrée prise en étau
Autour d’un feu, dans une hutte cérémonielle des hauteurs de la Sierra Nevada, les Arhuacos renouent avec un rituel ancien. En nouant des fils de coton autour de leurs poignets, ils jurent de protéger la terre, avant de demander à leur tour protection. « Notre culture s’est préservée pendant des milliers d’années », explique Ati Quigua, leader autochtone. « Aujourd’hui, la violence s’abat sur nos territoires. » Descendants des Tayrona, les Arhuacos ont survécu à la conquête espagnole, aux missions religieuses et à la dépossession de leurs terres. Mais la pression actuelle est d’une autre nature. La Sierra Nevada, plus haute chaîne côtière du monde et classée réserve de biosphère par l’Unesco, est désormais un point stratégique pour les routes du narcotrafic reliant l’intérieur du pays à la mer des Caraïbes.





©Pixabay



 Hausse de la violence
Depuis le début de l’année 2025, la Colombie connaît une nette recrudescence des violences armées. Les affrontements entre groupes illégaux, dissidences des anciennes guérillas et organisations criminelles se multiplient, notamment dans les zones rurales. Attentats, attaques armées et usage de drones explosifs ont causé des dizaines de morts ces derniers mois. Dans la Sierra Nevada, cette instabilité se traduit par des attaques directes contre les communautés autochtones. Des groupes armés ont pris pour cible des lieux sacrés, incendié des objets rituels et imposé des restrictions de déplacement. « C’est une violence spirituelle autant que physique », dénonce Ati Quigua. « Ils cherchent à s’implanter en détruisant ce que nous sommes », précise-t-elle.


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◆ Menaces d’extinction
Les cinq peuples autochtones de la Sierra Nevada, Arhuacos, Kogui, Wiwa, Kankuamo et Ette Naka, regroupent environ 54 700 personnes. Les Nations unies alertent désormais sur un risque réel « d’ extinction physique et culturelle ». Mines antipersonnel, engins explosifs artisanaux et embuscades rendent certaines zones inhabitables. Ces derniers mois, plusieurs membres de la communauté Wiwa ont été blessés par des explosifs. Les déplacements forcés se multiplient. Des centaines de familles ont fui leurs villages, tandis que d’autres sont confinées chez elles sous la menace. Des témoignages font état de tortures, d’exécutions publiques et de menaces ciblées contre les leaders autochtone. « Ils nous disent qu’ils nettoient le territoire. Cela signifie tuer ceux qu’ils jugent indésirables. », rapporte une aînée arhuaco.


Les enfants au cœur du conflit
Autre évolution alarmante : le recrutement forcé d’enfants. Les chiffres officiels montrent une augmentation spectaculaire de ces pratiques ces dernières années, un phénomène largement sous-estimé en raison de la peur des représailles. Les enfants autochtones sont particulièrement vulnérables : ils connaissent parfaitement le terrain et sont utilisés comme informateurs, guetteurs ou combattants. « Ils enlèvent nos enfants, c’est une invasion culturelle », témoigne Ati Quigua. Les violences sexuelles font également partie des stratégies de contrôle employées par les groupes armés.


Une pression économique croissante
À la violence armée s’ajoute la pression des projets économiques. Exploitation minière, extraction d’or, culture de l’huile de palme ou barrages hydroélectriques menacent directement les territoires ancestraux délimités par la « Ligne Noire », frontière spirituelle sacrée pour les peuples de la Sierra Nevada. Plus d’une centaine de permis miniers sont déjà actifs ou en cours de demande dans cette zone. Plusieurs leaders autochtones ont reçu des menaces de mort pour avoir dénoncé la destruction de l’environnement. La Colombie demeure l’un des pays les plus dangereux au monde pour les défenseurs de la terre.


La Sierra Nevada de Santa Marta est l’un des écosystèmes les plus irremplaçables de la planète. Mais pour ses habitants autochtones, elle est avant tout une mère nourricière et un territoire spirituel. Face à l’avancée des groupes armés et à l’exploitation de leurs terres, les peuples autochtones lancent un cri d’alarme.


Jessica Baucher avec The Guardian




* Crédit photo en tête d’article: ©Pixabay

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