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Le retour du bison en terre métisse : une scène historique en Alberta


Dans le nord de l’Alberta, au cœur de la forêt boréale, la scène s’est déroulée dans un silence presque solennel. Le 18 février 2026, lorsque les portes du camion se sont ouvertes, une vingtaine de bisons des bois ont bondi dans la neige, retrouvant un territoire qu’ils n’avaient plus foulé depuis plus d’un siècle. Pour la Willow Lake Métis Nation, cet instant marque un tournant historique.



Vingt animaux, transférés depuis le parc national d’Elk Island, ont été relocalisés sur un ranch communautaire situé près du hameau d’Anzac. Il s’agit du premier retour du bison sur ces terres depuis plus de cent vingt ans, une absence directement liée à l’histoire coloniale canadienne. Ce projet, porté par la communauté des Métis (1), s’inscrit dans un mouvement plus large de réintroduction de l’espèce à travers le pays. Depuis plusieurs décennies, le parc d’Elk Island joue un rôle clé comme « troupeau source », fournissant des bisons sains pour repeupler différentes régions d’Amérique du Nord


Une restauration écologique… et alimentaire
Au-delà du symbole, la réintroduction répond à des enjeux très concrets. Dans cette région éloignée du nord de l’Alberta, l’accès à des aliments frais reste difficile. Le retour du bison doit ainsi contribuer à renforcer l’autonomie alimentaire de la communauté. Selon les responsables du projet, le troupeau constitue la première étape d’un programme de production alimentaire durable, basé sur une ressource locale historiquement centrale pour les Métis.
Sur le plan écologique, l’impact est tout aussi déterminant. Le bison est considéré comme une espèce clé : en broutant, en piétinant les sols et en redistribuant les nutriments, il contribue à structurer les écosystèmes. Son absence, depuis la fin du XIXe siècle, avait profondément modifié les paysages des prairies et des zones boréales canadiennes



Une mémoire collective ravivée

Mais pour la Willow Lake Métis Nation, l’enjeu dépasse largement les dimensions écologique et économique. Le retour du bison touche à la mémoire et à l’identité.
Jusqu’au XIXe siècle, les sociétés métisses et de nombreuses Premières Nations organisaient leur vie autour de cet animal. La chasse au bison, strictement encadrée par des règles collectives et spirituelles, structurait à la fois l’économie, les relations sociales et les savoirs culturels.
L’effondrement des populations de bisons, provoqué par la chasse industrielle, l’expansion coloniale et politiques visant indirectement à affaiblir les peuples autochtones, a entraîné une rupture brutale. En quelques décennies, des millions d’animaux ont disparu, contribuant à déstabiliser profondément les communautés autochtones dépendantes de cette ressource. À la fin du XIXe siècle, on dénombrait seulement un millier de survivants.

Aujourd’hui, le retour du bison est perçu comme une forme de réparation. Pour les responsables métis, il permet de recréer un lien tangible entre les jeunes générations, leur territoire et les savoirs ancestraux.



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Un mouvement national de réintroduction
L’initiative de Willow Lake s’inscrit dans une dynamique plus large à l’échelle canadienne. Depuis les années 2000, plusieurs programmes ont permis de réintroduire le bison dans des espaces protégés, comme dans le parc national de Banff, où un troupeau de 16 individus réintroduit en 2017 dépasse désormais la centaine d’individus

Ces projets reposent de plus en plus sur des partenariats avec les communautés autochtones, intégrant à la fois les connaissances scientifiques et les savoirs traditionnels. Ils visent non seulement à restaurer une espèce, mais aussi à rétablir des relations culturelles et territoriales longtemps interrompues.



Un animal au cœur des sociétés autochtones
Pour la Willow Lake Métis Nation, le retour des bisons ne constitue pas une simple expérience de conservation. Il s’agit d’une installation durable, pensée sur plusieurs décennies. Les vingt premiers animaux ne sont qu’un point de départ. À terme, la communauté souhaite développer un troupeau autonome, capable de soutenir à la fois ses besoins alimentaires, ses pratiques culturelles et la transmission de ses savoirs. Après plus d’un siècle d’absence, le bison n’est plus seulement un symbole du passé : il redevient un acteur du présent et, pour beaucoup, une promesse.
Le retour du bison au Canada ne marque pas seulement la restauration d’une espèce disparue, mais la renaissance d’un lien ancien entre les peuples autochtones, leurs territoires et le vivant.


1 – Au Canada, les peuples autochtones regroupent les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Les Métis sont un peuple issu de l’histoire du métissage entre Européens (souvent français ou écossais) et peuples autochtones.


Brigitte Postel


+ Crédit photo en-tête d’article : @Pixabay

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