Dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), au cœur de la forêt équatoriale d’Afrique centrale, les peuples autochtones du territoire de Bafwasende sont confrontés à une crise profonde. Conflits armés, isolement, absence d’accès aux soins et marginalisation menacent leur survie. Les autorités locales appellent à une mobilisation urgente pour éviter leur disparition.
◆ Un territoire enclavé au cœur de la forêt congolaise
Le territoire de Bafwasende se situe dans la province de Tshopo, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. Ce vaste pays d’Afrique centrale, grand comme quatre fois la France, abrite une partie importante du bassin du Congo, deuxième plus grande forêt tropicale du monde après l’Amazonie. Dans cette région très enclavée, les infrastructures sont rares : routes difficiles d’accès, centres de santé insuffisants, scolarisation limitée. C’est dans ce contexte que vivent plusieurs communautés autochtones, souvent désignées localement comme “peuples pygmées”, terme qui renvoie à des groupes historiquement forestiers présents en Afrique centrale depuis des millénaires.

◆ Une marginalisation ancienne et persistante
Ces peuples autochtones comptent parmi les populations les plus marginalisées d’Afrique centrale. Traditionnellement chasseurs-cueilleurs, vivant en étroite relation avec la forêt, ils ont vu leurs territoires se réduire sous l’effet de l’exploitation forestière, des conflits armés et de l’expansion des terres agricoles. Dans le secteur de Bakundumu, le chef de secteur Henri Masimango a récemment lancé un cri d’alarme. Selon lui, les différentes rébellions qui ont secoué l’est de la RDC ces dernières décennies ont fortement décimé la communauté locale. Les survivants vivent dispersés en forêt, sans accès régulier aux soins de santé ni à l’éducation. « Beaucoup de peuples autochtones ont perdu la vie pendant la rébellion, d’autres meurent faute de soins médicaux appropriés », a-t-il déclaré lors de la visite d’une délégation conjointe de Tropenbos RDC et Tenure Facility.

◆ Insécurité chronique, un facteur aggravant
L’est de la République démocratique du Congo reste marqué par la présence de groupes armés. Dans certaines zones de Bafwasende, des membres présumés des forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé d’origine ougandaise, ont été signalés. Pour des communautés déjà vulnérables, cette insécurité signifie de nombreux déplacements forcés, l’interruption des activités agricoles ou scolaires, et une peur permanente. Les peuples autochtones, souvent sans protection ni représentation politique forte, sont particulièrement exposés.
◆ Un projet de sédentarisation pour faciliter l’accès aux services
Face à cette situation, les autorités locales plaident pour la construction d’un campement à proximité du bureau du secteur. L’objectif serait de permettre la sédentarisation des familles autochtones aux côtés des populations bantoues majoritaires, afin de faciliter leur accès aux soins, à l’école et aux services administratifs.
Cette proposition peut surprendre car la sédentarisation pose la question du respect des modes de vie traditionnels mais dans le contexte local, elle est présentée comme une solution pragmatique pour garantir l’accès aux droits fondamentaux et freiner la disparition progressive de la communauté.

◆ Des besoins qui dépassent la seule question foncière
Si les ONG Tropenbos RDC et Tenure Facility interviennent notamment sur la sécurisation des terres communautaires – enjeu crucial dans un pays où les conflits fonciers sont fréquents, leurs responsables reconnaissent que les besoins sont bien plus larges. Le directeur de Tropenbos, Alphonse Maindo, rappelle que la construction d’écoles, de centres de santé ou la mise en place de programmes d’alphabétisation ne relève pas directement de leur mandat. D’où l’appel à d’autres partenaires, publics et privés, pour compléter l’action engagée.
◆ Un enjeu humain, culturel et écologique
Au-delà de la dimension humanitaire, la survie des peuples autochtones de Bafwasende concerne également la préservation d’un patrimoine culturel et écologique. Leur connaissance fine de la forêt tropicale et des écosystèmes locaux joue un rôle important dans la conservation de la biodiversité du bassin du Congo. La République démocratique du Congo s’est dotée d’une loi visant à protéger et promouvoir les droits des peuples autochtones. Toutefois, son application concrète reste un défi, notamment dans les zones rurales éloignées comme Bafwasende.
La situation des peuples autochtones de Bafwasende rappelle que les enjeux de survie culturelle, d’accès aux soins et de sécurité restent d’actualité dans certaines régions du monde. En République démocratique du Congo, l’alerte lancée par les autorités locales souligne l’urgence d’une réponse coordonnée, mêlant protection des droits, développement social et stabilisation sécuritaire. Sans engagement renforcé, c’est une part fragile et ancienne de l’humanité forestière d’Afrique centrale qui risque de disparaître…
« Si nous continuons à détruire les forêts, les rivières et l’air, les conséquences seront terribles. Je veux que les gens ouvrent les yeux », Nemonte Nenquimo, militante Waorani pour les droits des peuples autochtones et la protection des forêts tropicales
Jessica Baucher
* Crédit photo en tête d’article: ©Pixabay



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