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Au Brésil, les peuples autochtones se mobilisent à l’approche d’échéances politiques décisives


Plusieurs milliers d’autochtones venus de tout le Brésil se sont rassemblés ces derniers jours à Brasilia à l’occasion de la 22e édition du Campement Terre Libre (ATL), la plus grande mobilisation annuelle des peuples indigènes du pays. Organisé depuis 2004, cet événement constitue un moment clé de revendication politique, culturelle et territoriale pour des communautés qui alertent sur les menaces croissantes pesant sur leur survie.


À quelques mois d’échéances politiques majeures, la mobilisation prend une dimension particulière. Les peuples autochtones entendent peser dans le débat public et rappeler l’urgence de garantir leurs droits constitutionnels, notamment celui à la démarcation de leurs terres.

Mobilisation massive et hautement symbolique
Depuis lundi, des délégations issues de l’Amazonie, du Cerrado et d’autres régions se réunissent dans la capitale brésilienne. Au programme : assemblées politiques, cérémonies traditionnelles, actions de sensibilisation et manifestations. Mardi, les participants ont marché jusqu’au Congrès national. Une nouvelle mobilisation s’est tenue jeudi près du Palais du Planalto, siège du pouvoir exécutif. Le slogan de cette édition, « Demarca Lula : le Brésil souverain est délimité et protégé des terres autochtones », reflète une revendication centrale : accélérer la reconnaissance juridique des territoires autochtones. Pour les manifestants, la démarcation constitue une condition essentielle de leur survie physique et culturelle.



Levi Tapouia pour ©Pexels


 Des inquiétudes persistantes
Le retour au pouvoir de Lula da Silva en 2022 a suscité de grands espoirs parmi les peuples autochtones. Dès le début de son mandat, il a rétabli certaines politiques environnementales, relancé des processus de démarcation de terres et créé un ministère des Peuples autochtones, confié à Sonia Guajajara. Ces mesures ont marqué une rupture avec la présidence de Bolsonaro (2019-2022), caractérisée par une forte augmentation de la déforestation, une ouverture accrue des territoires indigènes à l’exploitation minière et agricole, et une politique hostile aux droits autochtones. Cependant, malgré ces avancées, les communautés sont inquiètes. Plusieurs projets de loi au Congrès continuent de menacer leurs droits fonciers, notamment ceux visant à limiter les démarcations ou à autoriser des activités extractives sur leurs terres.


©Pixabay


◆ Le spectre du « marco temporal »
Au cœur des inquiétudes figure la thèse du “marco temporal“. Seuls les peuples occupant leurs terres au moment de la promulgation de la Constitution de 1988 pourraient en revendiquer la reconnaissance officielle. Les organisations autochtones dénoncent une mesure injuste, qui ignore les expulsions forcées et les violences subies avant cette date. Bien que la Cour suprême brésilienne ait récemment rejeté cette thèse, le Congrès tente toujours de l’inscrire dans la loi, alimentant un climat d’incertitude.


RYMAK SANTILLÁN pour ©Pexels


Pression croissante sur les territoires
Sur le terrain, les menaces restent concrètes. L’expansion de l’agrobusiness, l’exploitation illégale de l’or et du bois, ainsi que les projets d’infrastructures continuent d’empiéter sur les territoires autochtones. En Amazonie, les invasions de terres protégées ont entraîné des conflits violents, des déplacements de populations et une dégradation accélérée et considérable de l’environnement. Ces pressions sont également liées à des enjeux globaux : la préservation de la forêt amazonienne est considérée comme cruciale dans la lutte contre le changement climatique. Les peuples autochtones, meilleurs gardiens de ces écosystèmes, jouent un rôle central dans cette protection.
Le Campement Terre Libre attire aussi l’attention de la communauté internationale. ONG, chercheurs et représentants d’organisations internationales suivent de près les revendications portées à Brasília. Pour les leaders autochtones, il s’agit non seulement de défendre leurs droits, mais aussi de rappeler leur contribution essentielle à la protection de la biodiversité mondiale.


La mobilisation des peuples autochtones à Brasilia met en lumière une exigence fondamentale : le respect de droits légitimes, inscrits dans la Constitution mais encore souvent bafoués. À l’approche d’échéances politiques décisives, il ne s’agit pas de concéder des avancées symboliques, mais de garantir pleinement la reconnaissance et la protection de leurs territoires ancestraux, condition essentielle à leur survie. Face aux tentatives de restriction et aux intérêts économiques qui contestent ces droits, les peuples autochtones rappellent qu’ils ne revendiquent pas des privilèges, mais la justice !


Jessica Baucher


* Crédit photo en tête d’article: David Alves pour ©Pixabay

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