En Amazonie brésilienne, les Kayapos face à une nouvelle ruée vers l’or

Au cœur de la forêt amazonienne, dans le sud de l’État du Pará, le chef kayapo Bepdjo Mekragnotire se prépare une nouvelle fois à conduire ses guerriers pour expulser des orpailleurs illégaux de son territoire. À 45 ans, coiffé de plumes rouges traditionnelles, il voit revenir un phénomène qu’il croyait avoir contenu après avoir chassé près de deux-cents mineurs clandestins il y a quelques années.



« Les garimpeiros sont obstinés. Ils trouvent toujours un moyen d’entrer, parce qu’aujourd’hui l’or vaut très cher », explique-t-il lors d’un entretien accordé à plusieurs médias dans le village de Pykany, sur le territoire Baú, l’une des terres du peuple Kayapo.

La flambée du cours de l’or, alimentée par les tensions géopolitiques mondiales et la recherche de valeurs refuges par les investisseurs, exerce une pression croissante sur l’Amazonie. Même des territoires jusqu’ici relativement préservés, comme Baú, attirent désormais les réseaux d’orpaillage clandestin. En février dernier, une confrontation a failli dégénérer lorsqu’un groupe de guerriers kayapos a rencontré des orpailleurs sur une rivière de la région. Selon les représentants autochtones, des armes ont été brièvement sorties de part et d’autre avant que les mineurs ne soient contraints de quitter les lieux. Les organisations indigènes ont ensuite alerté les autorités fédérales sur le « risque imminent d’un conflit armé de grande ampleur » si aucune intervention n’était menée.



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Les terres indigènes, dernier rempart de la forêt
Vue du ciel, la frontière entre les territoires protégés et les zones exploitées apparaît avec une brutalité saisissante. Autour des terres autochtones, les paysages sont souvent marqués par les cicatrices du garimpo : cours d’eau détournés, mares artificielles et clairières béantes. À l’intérieur des réserves, la canopée demeure largement intacte. Cette réalité est confirmée par plusieurs études environnementales. Selon la plateforme Amazon Mining Watch, plus de 223 000 hectares de forêt amazonienne ont subi l’impact direct ou indirect de l’extraction aurifère entre 2018 et 2025. Les chercheurs considèrent les territoires indigènes comme des barrières essentielles contre la déforestation et la perte de biodiversité.

Depuis son retour au pouvoir en 2023, le président Luiz Inácio Lula da Silva a fait de la lutte contre l’exploitation minière illégale l’une des priorités de sa politique amazonienne. Les opérations menées par l’Institut brésilien de l’environnement (Ibama), la Police fédérale et d’autres agences ont conduit à la destruction de centaines d’engins lourds, barges et aéronefs utilisés par les réseaux criminels. Pour Nilton Tubino, coordinateur gouvernemental chargé de la protection des territoires indigènes, le phénomène s’étend désormais à des zones toujours plus reculées : « Les garimpeiros avancent de plus en plus profondément dans la forêt », souligne-t-il.


Quand le crime organisé s’empare de l’or amazonien
La lutte contre l’orpaillage illégal ne se limite plus à la protection de l’environnement. Les autorités brésiliennes soulignent désormais l’implication croissante de grandes organisations criminelles dans cette économie clandestine. Jair Schmitt, responsable de l’Ibama, estime que la principale difficulté réside aujourd’hui dans la confrontation avec des groupes structurés disposant de ressources considérables. Des organisations criminelles comme le Primeiro Comando da Capital (PCC) ou le Comando Vermelho (CV) ont renforcé leur présence dans plusieurs régions amazoniennes, où elles diversifient leurs activités entre trafic de drogue, exploitation forestière illégale et commerce de l’or.

La hausse historique du prix du métal précieux renforce encore l’attractivité de ce marché. Selon l’Institut Escolhas, environ 71 tonnes d’or ont été produites au Brésil en 2024, une part importante étant destinée à l’exportation vers des marchés internationaux comme le Canada, la Suisse ou le Royaume-Uni.



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◆ Les « mines fantômes », nouvelle frontière du blanchiment de l’or
Face au renforcement des contrôles, les réseaux illégaux ont adapté leurs méthodes. Une enquête publiée en 2026 par Greenpeace Brésil décrit un vaste système de blanchiment reposant sur ce que l’organisation appelle des « garimpos fantasmas » – des « mines fantômes ». Le principe est simple : des permis miniers officiellement enregistrés déclarent des volumes importants de production d’or alors que les images satellites et les survols montrent parfois des zones quasiment intactes, sans activité extractive visible. L’or extrait illégalement dans des territoires protégés peut ainsi être déclaré comme provenant de sites légaux.
L’enquête de Greenpeace a analysé 187 permis miniers en Amazonie. Parmi eux, 98 présentaient de graves irrégularités. Ces permis auraient servi à commercialiser plus de 25 tonnes d’or entre 2018 et 2026, représentant l’équivalent de plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires.
« Tant qu’il sera possible de blanchir l’or grâce à ces permis, l’activité continuera à progresser en Amazonie », avertit Danicley de Aguiar, coordinateur de la campagne Peuples autochtones de Greenpeace Brésil. Pour répondre à ce problème, le gouvernement brésilien travaille actuellement à renforcer la traçabilité de l’or. Les enquêteurs utilisent déjà des techniques géochimiques permettant d’identifier une sorte de « signature » ou d’« ADN » du métal afin d’en retracer l’origine.


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Une menace qui divise aussi les communautés autochtones
L’argent du garimpo ne crée pas seulement des tensions entre orpailleurs et peuples indigènes. Il provoque également des divisions internes. Sur certaines terres autochtones, des responsables locaux soutiennent l’exploitation aurifère, séduits par les revenus rapides qu’elle peut générer. Bepdjo Mekragnotire doit lui-même composer avec ces divergences au sein de son peuple. Takagmoro Kaiapo, 25 ans, fils d’un ancien chef favorable à l’exploitation minière, décrit les méthodes de persuasion utilisées par les recruteurs : « Les garimpeiros nous promettent de l’argent, une voiture, une vie plus facile. Certains jeunes peuvent être tentés. »


Pour les défenseurs des territoires indigènes, cette pression économique constitue aujourd’hui l’un des principaux défis. Car si les opérations de police peuvent expulser temporairement les mineurs clandestins, la hausse continue du prix de l’or garantit que la tentation reviendra toujours frapper aux portes de la forêt.



Sources et références

Greenpeace Brasil, Ouro Tóxico – Como a exploração ilegal de ouro na Amazônia alimenta a destruição ambiental, avril 2025. 

Reuters, Illegal miners extract billions in Amazon gold despite Brazil crackdown, Greenpeace finds, 29 mai 2026. 

Greenpeace Brasil, Lavagem de ouro na Amazônia: anatomia de uma fraude, 1er juin 2026. 

UOL / Deutsche Welle Brasil, Ouro ilegal da Amazônia é “lavado” com conivência do sistema oficial, 29 mai 2026. 


Brigitte Postel




image en tête d’article : © Pexels

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