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PHOTO : REUTERS / JENNIFER GAUTHIER

Des aînés amérindiens s’adressent au Pape

Le 24 février dernier, onze aînés autochtones de Colombie Britannique, se sont exprimés dans une lettre adressée au Pape François dans laquelle ils demandent excuses et réparations pour les injustices et préjudices infligés dans le cadre de “l’affaire des pensionnats”.


◆ L’affaire
En juin 2021, la Fédération des nations autochtones souveraines de la Saskatchewan (FSIN) a déclaré avoir trouvé sept-cent-cinquante-et-une tombes anonymes lors d’une fouille du site du pensionnat pour Autochtones de Marieval. À cette information est venue s’ajouter la découverte des “restes” de deux-cent-quinze enfants à Kamloops, sur le site d’un ancien pensionnat. Les pensionnats autochtones ont été mis en place des années 1830 jusqu’à 1996 et étaient gérés par l’Église catholique au nom du gouvernement canadien. Celui de Kamloops, le plus grand établissement du réseau, ouvert en 1890, a été fermé en 1969. Ces nouvelles ont bouleversé les Canadiens et rouvert un chapitre honteux de l’histoire du pays. « Ces enfants ont été enlevés à leurs parents et ne sont jamais rentrés chez eux. Leurs familles n’ont jamais cessé de les chercher et ils n’ont jamais cessé de leur manquer. Ce ne sont pas des chiffres. Ce sont des enfants. Ce sont nos ancêtres et nos cousins. Ce sont des gens qui auraient dû avoir une vie bien remplie et dont les enfants et petits-enfants devraient être avec nous aujourd’hui”, a précisé Sol Mamakwa, député néo-démocrate qui n’a pas mâché ses mots… Linc Kesler, directeur de la First Nations House of Learning de l’Université de Colombie-Britannique, a, lui, affirmé que ce n’était qu’une question de temps avant que « les horreurs des pensionnats autochtones canadiens soient révélées par la même technologie que la communauté Tk’emlúps te Secwépemc a utilisée ».



PHOTO : AFP / ANDREAS SOLARO

◆ La lettre
Publiée jeudi dernier dans le journal Anishinabek News et signée par les 11 membres du Conseil des aînésqui représentent les communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis résidant à travers l’Ontario, au Canada », dont certains sont des survivants de ces institutions scolaires, une lettre ouverte a été adressée au Pape François. Cette déclaration reprend des revendications maintes fois exprimées par les communautés autochtones depuis la découverte des tombes anonymes aux abords de l’ancien pensionnat de Kamloops. “Le Conseil exhorte toutes les entités catholiques romaines contrôlées par le Vatican à produire et à publier les documents relatifs à tous les pensionnats indiens. Le Conseil exhorte également l’Église catholique à honorer ses obligations en vertu de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens. L’Église catholique a été incluse dans la Convention de règlement parce que les Autochtones ont été victimes de prêtres catholiques, de religieuses et d’autres représentants de l’Église » est-il précisé dans la lettre. Il est également indiqué que les aînés implorent l’Église catholique de reconnaître le préjudice et le traumatisme intergénérationnel que ces crimes ont causé aux survivants et à leurs familles. Ils souhaitent que le Pape François valide officiellement la participation des Églises au génocide des peuples autochtones, mais également les conséquences sur leur mode de vie, leur spiritualité et leur vision du monde.



PHOTO : AFP / ANDREAS SOLARO

Être entendus
En juin, l’Église a tout d’abord indiqué que la responsabilité revenait aux diocèses et aux ordres religieux qui les administraient, plutôt qu’à l’institution elle-même. Celle-ci a cependant été responsable de l’exploitation de plus de 70% des pensionnats autochtones au Canada pendant un siècle. Quinze avocats canadiens ont demandé à la Cour pénale internationale (CPI) d’enquêter pour établir s’il y a eu crime contre l’humanité dans l’affaire du pensionnat de Kamloops. En septembre dernier, des “premières” excuses ont été présentées par l’Église catholique du Canada.

Fin mars 2022, une délégation autochtone formée par l’Assemblée des Premières Nations (APN), le Ralliement national des Métis, l’Inuit Tapiriit Kanatami et accompagnée des évêques catholiques du Canada devrait se rendre au Vatican pour rencontrer le Pape François. Celui-ci pourrait, à cette occasion, écouter les membres de la délégation dans le but , peut-être, de commencer de nouvelles relations entre l’Église et les Autochtones.



Jessica Baucher




* crédit photo en tête d’article : ©Photo : REUTERS / Jennifer Gauthier

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