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Un individu au premier plan regarde au loin, derrière lui une foule d'autochtones manifeste contre le président jair bolsonaro, à Brasilia au Brésil

Brésil : Les autochtones défient le président Bolsonaro

Leur voix compte. Depuis le 3 avril, des milliers d’autochtones d’Amazonie sont rassemblés à Brasilia pour protester contre la politique du président Jair Bolsonaro, qu’ils accusent de détruire leurs terres ainsi que leurs droits.

“Fora Bolsonaro!” (“dehors Bolsonaro !”) scandent les manifestants à Brasilia, rassemblés dans un immense champ à seulement 4 km du palais présidentiel. Ils sont environ 8 000 à occuper la capitale administrative du Brésil depuis plus d’une semaine, pour défendre leurs droits et leurs terres face à la prédation du gouvernement brésilien. Un rassemblement annuel qu’ils appellent le campement Terre Libre, regroupant des représentants de plusieurs dizaines de peuples autochtones d’Amazonie.

Après deux dernières éditions annulées à cause de la pandémie, cette dix-huitième mobilisation sonne comme un ultime cri de désespoir, tant l’heure est grave pour les autochtones brésiliens. Car depuis l’arrivée au pouvoir du leader controversé en 2019, leur avenir est mis en péril. À six mois des élections présidentielles au Brésil, l’enjeu est donc de taille.

Ils sont des milliers venant de tout le pays à s’unir à Brasilia contre Jair Bolsonaro, ©AudreyParanque

“Le climat est de plus en plus difficile pour les populations autochtones et leurs soutiens. L’injustice est insupportable et la violence monte”, regrette Audrey Paranque, membre de l’association Jiboiana, et collaboratrice de Natives. Sur place au Brésil depuis 13 ans, cette activiste a tenu à manifester auprès des autochtones pour soutenir leur cause.


Elle réclame notamment à l’ensemble de la communauté internationale plus de solidarité, à commencer par l’État français : “La France se montrerait solidaire en boycottant les produits directement issus de la déforestation et en dénonçant les entreprises qui exploitent ces activités”. À l’heure du changement climatique, leur avenir dépend aussi des autres États.

Déforestation, exploitation minière et commerces illégaux

Manifestants protestant contre le projet de loi 191/2020 à Brasilia, ©AudreyParanque

Les projets économiques à l’œuvre dans la partie brésilienne de l’Amazonie ne datent pas d’hier. Mais avec l’avènement de l’ultradroite au pouvoir, le phénomène s’est soudainement amplifié. Et le temps manque pour les populations autochtones, à l’heure où le gouvernement tente de faire voter le projet de loi 191/2020. Passé en urgence par le chef de l’État brésilien, il est examiné cette semaine par le Parlement.

“Ce projet de loi n’est pas le seul qui menace les terres autochtones. Des tas de lois ont déjà été votées sous cette mandature, en plus de l’inaction gouvernementale vis-à-vis des groupes criminels, dénonce Audrey. “Si ce projet est voté, il faudra saisir le Tribunal suprême fédéral. La voie juridique sera notre dernière chance”, ajoute-t-elle, qualifiant ce projet d’anticonstitutionnel. La bataille ne fait donc que commencer.

Les terres autochtones représenteraient 13 % du territoire brésilien, une surface trop importante selon Jair Bolsonaro. Raison pour laquelle le gouvernement tente de faire passer en force ce projet de loi, censé favoriser la spéculation immobilière sur les terres autochtones, mais aussi l’agro-industrie à travers l’utilisation massive de pesticides ou de procédés transgéniques, ou encore le défrichement des forêts pour y implanter des élevages de bétail.

Un climat de désolation règne donc au Brésil en ce moment-même. Résultat : l’Amazonie connaît une déforestation record depuis janvier 2022, avec plus de 941 km2 de forêts brésiliennes qui ont été déboisées selon les données du satellite Deter.

La lutte s’organise au Brésil

Revêtus de leurs tenues traditionnelles, de nombreux autochtones comptent sur la médiatisation de leur combat. Au cœur de cette mobilisation rythmée par des danses traditionnelles et des grandes réunions d’échange, leur détermination est sans faille. Quelle que soit la suite des événements, ils continueront les rassemblements jusqu’à que cessent les politiques de prédation sur leurs terres.

Car face à cette menace, la solidarité règne entre les nombreuses tribus d’Amazonie. Selon Audrey Paranque, des alliances commencent à se former : “L’Alliance pour la Terre a été créée en début d’année, regroupant les peuples Munduruku, Yanomami et Kayapo, dont le but est de lutter contre l’exploitation minière”.

Les autochtones du Brésil, gardiens de la nature et porteurs d’un message universel, ©AudreyParanque

Les peuples autochtones peuvent aussi compter sur le soutien de nombreuses personnalités brésiliennes, à commencer par la présence cette année au campement Terre Libre de l’ex-président Lula, officiellement candidat face au président Bolsonaro pour les prochaines élections. Lors d’un discours devant les représentants autochtones le 12 avril, celui-ci a promis la création d’un Ministère des Indigènes en cas de victoire.

Malgré ces promesses, Audrey reste prudente : “Lula ne fera rien tout seul, son pouvoir d’action dépendra des élections au Congrès et au Sénat”. D’autres personnalités soutiennent aussi le mouvement, notamment dans le milieu intellectuel et culturel. Dans l’attente du vote au Parlement brésilien, la lutte continue.

Antoine Portoles


Photo en tête d’article : Mobilisation massive des membres des communautés autochtones brésiliennes à Brasilia cette semaine, ©AudreyParanque

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