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Vêtue d'une tenue traditionnelle, Idalia Andrade Degracie, première femme cacique du Costa Rica, lors de la cérémonie d'intronisation.

Idalia Andrade Degracia, première femme cacique du Costa Rica

Au Sud du Costa Rica, dans la province de Conte Burica, les membres de l’ethnie Ngäbe auront désormais un nouveau chef. Et c’est une cheffe ! Une première dans l’histoire de ce peuple indigène amérindien.

Elle s’appelle Idalia Andrade Degracia. Cette enseignante de 36 ans, mère de quatre enfants, perpétue l’héritage légué par ses ancêtres. Elle fait partie de la communauté Ngäbe-Buglé, une ethnie indigène présente en Amérique centrale, notamment au Costa Rica. C’est dans le territoire de Conte Burica, au sud du pays, qu’Idalia a été choisie pour tenir le rôle de chef, aux termes d’une cérémonie réunissant environ cent cinquante personnes.

« Mon cœur se sent plein de joie à l’égard de mes ancêtres, de ma lignée et de mes racines, car j’ai la responsabilité de porter le drapeau que mon père a porté », a-t-elle déclaré au journal La Republica à l’issue de sa nomination. En effet, son père, Miguel Andrade, était l’ancien cacique du territoire, décédé il y a deux ans. Au moment de la cérémonie, émue, elle dit avoir senti sa présence.

Qu’est-ce qu’un cacique ? Dans la culture indigène amérindienne, le cacique est le chef de la tribu. Il a le contrôle d’un territoire, communément appelé le caciquat. Une organisation très codée. Dans cette perspective, la nomination d’Idalia Andrade Degracia apparaît comme un bouleversement.

Un mandat historique qui bouscule les traditions

Avec la nomination d’une femme au rang de cacique pour la première de l’histoire du peuple Ngäbe, c’est un véritable changement de paradigme qui est à l’œuvre. Traditionnellement, ce sont les hommes qui prennent le pouvoir dans ces communautés, régies par des règles patriarcales très ancrées.

Elles sont toutefois une quinzaine à tenir ce rôle dans des communautés autochtones d’Amérique du sud, dont la cacique Tanoné, marraine de Natives, qui fut également la première femme cheffe dans l’histoire de son peuple Kariri-Xoco au Brésil.

La décision prise par la chefferie de porter Idalia au rang de cacique a été soutenue et approuvée par la majorité du Conseil national des caciques et des dirigeants autochtones du Costa Rica, ainsi que par les autres groupes ethniques du pays.

Idalia Andrade Degracia entourée de ses frères, qui la soutiennent dans cette nomination, ©Présidencia de la república de Costa Rica

« Cette journée est historique pour l’autonomisation des femmes et montre la reconnaissance d’une femme leader, entreprenante et extraordinaire », affirme Alberto Chaverri, président de la Fondation indigène environnementale, dans un journal costaricain. Les frères de la nouvelle cacique, eux aussi légitimes au titre, ont finalement cédé leur place pour soutenir leur sœur.

Idalia Andrade Degracia a une grande responsabilité sur ses épaules. Au-delà de son simple rôle de chef, elle devra préserver les coutumes de la communauté Ngäbe dont elle fait partie, et perpétuer les traditions ancestrales pour les transmettre aux générations futures. Elle devra également veiller à la continuité de la langue Ngäbere, langue native qu’elle enseigne au Costa Rica. Enfin, elle aura la lourde tâche de mener la lutte pour les droits et la protection de son peuple.

Les Ngäbe, une ethnie diverse

L’ethnie Ngäbe, aussi appelée Guaymí, est un peuple indigène amérindien présent en Amérique centrale. Cette communauté de plus de 200 000 personnes est principalement présente au Panama, mais une partie d’entre elle réside également Costa Rica. Cette présence dans plusieurs États d’Amérique centrale s’explique par des migrations multiples qui ont eu lieu au XXe siècle, notamment en lien avec la culture du café.

Enfants Ngäbe originaires du Panama, principal pays de vie des Ngäbe, Larsunterwegs CC0

Cinq territoires indigènes demeurent au Costa Rica, dans la province de Puntarenas, au sud du pays. Parmi eux se trouve le Conte Burica, d’où provient Idalia. S’agissant du territoire de Conte Curica, il englobe environ 13 000 hectares, et est constitué à 80 % de montagnes et de forêts.

Il est le plus isolé des cinq territoires indigènes du Costa Rica, mais aussi celui qui préserve le plus la culture Ngäbe. Une culture singulière, reconnaissable à travers des tenues traditionnelles, mais aussi des pratiques médicinales anciennes.

Antoine Portoles

Photo en tête d’article : Idalia Andrade Degracia, vêtue de sa tenue traditionnelle, devient la première femme cacique du Costa Rica, ©JasonUreña

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