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© PEEL ART GALLERY MUSEUM AND ARCHIVES

Un précieux témoignage à propos de la bataille de Little Bighorn

Une très ancienne lettre, dictée par Stephen Standing Bear à sa femme Louise Standing Bear, a été découverte parmi un lot de soixante boîtes donné, quelques mois plus tôt, par un collectionneur local au Peel Art Gallery Museum and Archives de Brampton dans l’Ontario. Cette lettre est d’une importance majeure car elle relate la célèbre bataille de Little Bighorn, vue par les yeux de Stephen Standing Bear, jeune Lakota, alors âgé de dix-sept ans et permet ainsi de revoir cet événement historique du point de vue autochtone. Il a fallu près deux ans pour que celle-ci arrive dans les mains de son petit-fils… C’est maintenant chose faite !

Des nouvelles du passé…
Samantha Thompson, archiviste au Peel Art Gallery Museum, a eu l’intuition qu’elle venait certainement de découvrir un trésor historique lorsqu’elle a ouvert pour la première fois la lettre de Stephen Standing Bear. À cet instant, elle a mesuré toute la portée de son travail quotidien : « Je me souviens de l’endroit où j’étais assise à mon bureau et j’ai commencé à lire : ‘Je suis né dans le Montana, mon père est mort quand j’avais quatre ans et j’ai donc vécu avec ma mère et ma sœur, mes grands-parents et mon oncle’, et mon cœur s’est mis à battre plus vite ». Elle avait devant elle sur plusieurs pages de papier épais à la fois une lettre écrite en vieil allemand et une aquarelle de Sitting Bull menant la danse du soleil. Quelques mots en anglais tels que « Reno », « Custer » et « Montana » ont aussi retenu toute son attention : « Tout de suite, nous avons ressenti ce mystère. Pourquoi quelqu’un avait-t-il écrit en allemand ce qui semblait être lié à un événement potentiellement important de l’histoire des États-Unis ? ». Comme la vie fait souvent bien les choses, la mère d’un de ses collègues du musée a été en mesure de lire le dialecte rare et a accepté de participer à sa traduction. Plusieurs mois après, il s’est avéré qu’il s’agissait du récit, écrit à la première personne, de l’une des batailles les plus importantes de l’histoire des États-Unis : la bataille de Little Bighorn, appelée la bataille de Greasy Grass par les Lakotas. 




Standing Bear, Rose Two Bonnets, Lula Two Bonnets et sa femme autrichienne Louise Standing Bear devant leur maison en 1919
© Arthur Amiotte


Une bataille

Le jeune Stephen Standing Bear n’avait que dix-sept ans le jour où le lieutenant George Armstrong Custer et ses troupes attaquèrent les Lakotas et les Cheyennes qui campaient le long de la rivière Little Bighorn dans le Montana. Dans sa lettre traduite, écrite en 1930, il explique tout d’abord que ses oncles l’emmenaient à la chasse quand il était enfant et qu’ils avaient l’habitude de traverser à la nage le fleuve Missouri. Un jour, ils lui promirent qu’ils assisteraient ensemble à une danse du soleil, et Sitting Bull, chef légendaire des Hunkpapa Lakota, a encouragé de nombreuses personnes à y assister avec eux pendant trois ou quatre jours. Le lendemain matin, les hommes de Custer arrivèrent : « Puis j’ai entendu un homme crier que les soldats arrivaient. Ils avaient abattu un garçon qui allait chercher nos chevaux. Je suis revenu en courant et j’ai vu qu’un autre homme amenait nos chevaux, j’ai sauté sur un cheval mais je n’ai pas eu le temps de m’habiller, je n’avais que ma chemise mais pas de chaussures. Je suis monté avec mon oncle dans la direction vers Reno quand sur la colline nous avons vu Custer avancer. Avant que nous nous rapprochions, nous avons vu des centaines et des centaines de nos gens autour de nous. Quelques-uns avaient des fusils et la plupart avaient des arcs et des flèches », indique-t-il dans la lettre qu’il a dictée à sa femme Louise, autrichienne de naissance. Bien que de nombreux récits existent sur cette bataille, très peu offrent le regard d’un autochtone et très peu sont de vrais récits manuscrits. C’est aussi ce qui a convaincu Samantha Thompson, l’archiviste du musée et l’ensemble de son équipe, que cette lettre devait être remise à la communauté des Lakotas. Elle a donc effectué des recherches et a écrit à Tawa Ducheneaux, archiviste au Woksape Tipi, la bibliothèque d’archives de l’Oglala Lakota College, situé dans le Dakota du Sud et lui a envoyé des images numériques des lettres et de l’illustration de Standing Bear. Après deux ans de lenteur administrative et de problèmes d’expédition liés à la pandémie, la lettre est enfin arrivée dans les mains de son arrière-petit-fils, Arthur Amiotte.




Une victoire !
À ce jour, on ignore encore si le dessin de S. Standing Bear sera publié en raison des traditions Lakotas qui interdisent la représentation des objets sacrés associés à la danse du soleil, mais il pourra certainement être visionné au Woksape Tipi d’ici quelques mois. Quant au récit écrit de Stephen, Tawa Ducheneaux a précisé la rareté d’une telle lettre, en particulier chez les Lakotas qui ont pour coutume de brûler les biens d’un parent défunt : « Parfois, c’est une maison entière, surtout si cet aîné vivait seul à ce moment-là. Cela fait partie de cette cérémonie et donc ces exemples physiques de l’histoire ne sont souvent pas retenus, ils sont transmis oralement. C’est donc un exemple inhabituel », a-t-elle déclaré. Elle dit cependant ressentir une incroyable responsabilité et souhaite absolument que ces deux documents soient préservés pour les générations futures. Elle considère même leur rapatriement comme un acte de réconciliation fort : « Quand il y a cette reconnaissance et cette compréhension qu’il y a de la valeur à rendre quelque chose à la communauté d’origine, c’est tellement profondément inspirant et positif », a-t-elle précisé.


« Nous avons toujours besoin de plus d’archivistes et de plus de temps. Ainsi, lorsque nous aurons ce temps, nous pourrons permettre à ces voix de s’exprimer à nouveau. » Samantha Thompson


Jessica Baucher


Image en tête de l’article : © PEEL ART GALLERY MUSEUM AND ARCHIVES



Pour aller plus loin...
La page Facebook du Woksape Tipi, la bibliothèque d’archives de l’Oglala Lakota College

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