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Au centre, Mauricio Iximaweteri, membre du peuple Yanomami. Sur sa gauche, Silvio Cavuscens, coordinateur de l'association Secoya. À sa droite, Marie Ndenga Hagbe, membre de l'ONG Survival International.

Mauricio Iximaweteri : craintes et espoirs d’un Yanomami

En lutte. Présent à Paris cette semaine, Mauricio Iximaweteri Yanomami est venu alerter sur sa cause. Son peuple, les Yanomami, court un grave danger. En jeu, la déforestation et l’orpaillage illégal, qui règnent en maître au Brésil, et notamment dans l’État d’Amazonas au nord-ouest du pays. Des activités qui atteignent des records depuis le début de l’année 2022. Face à ces menaces, les Yanomami tentent de résister. Des mouvement se sont formés, comme l’association Kurikama. Accompagné de l’ONG Survival International et de Silvio Cavuscens, coordinateur de l’association Secoya, Mauricio Iximaweteri Yanomami souhaite nous livrer son message. Rencontre.

Que demandez-vous concrètement à la communauté internationale à travers ce voyage ?

Nous sommes ici pour alerter sur les graves problèmes qui surviennent en territoire Yanomami, des problèmes principalement liés aux garimpeiros (chercheurs d’or), mais liés aussi à la santé, au manque d’éducation. Nous voulons mieux faire connaître cette réalité, et trouver des soutiens à l’international pour nous aider.

Aujourd’hui, les chercheurs d’or ne se contentent plus d’exploiter les terres, des crimes sont commis. Qualifieriez-vous cette situation de génocide ?

C’est vraiment cela, ils veulent exterminer notre peuple. Ils souhaitent exploiter les richesses que nous avons sur notre terre, de façon toujours plus forte, toujours plus violente. Des Yanomami meurent à coup de fusil, des femmes sont violées, et nos terres sont contaminées au Mercure à cause des chercheurs d’or. Ils sont environ 24 000 présents sur le territoire. Nous, nous n’attaquons pas les napëpë (les blancs, les étrangers, tous ceux qui ne sont pas Yanomami), alors pourquoi est-ce qu’ils nous font cela ?

L’un des nombreux sites d’extraction illégale d’or sur le territoire des Yanomami, ©FUNAI

Assistez-vous finalement à une légalisation de l’exploitation de vos terres ?

Avant, il était rare d’entendre parler de menaces dans ma région, nous vivions tranquillement. La loi était globalement respectée, la forêt n’était pas déforestée. Les organismes tels que la FUNAI (Fondation Nationale de l’Indien) ou l’IBAM faisaient leur travail, et avaient des moyens pour le faire. Aujourd’hui, le gouvernement ne respecte plus rien. Cela vaut aussi pour le gouvernement fédéral de l’État d’Amazonas, ou encore pour le Congrès national. Au Brésil, les droits des peuples indigènes sont désormais réduits au silence. Nos rivières sont polluées, nous ne pouvons plus boire correctement. Nous manquons de soins, et beaucoup sont décédés du COVID. Tout ceci se déroule dans l’indifférence générale.

Comment la résistance s’organise sur place ?

Nous les Yanomami, nous n’avons pas peur des napëpë. Avant, nos ancêtres faisaient beaucoup la guerre, ils étaient vaillants. Nous, nous avons nos flèches, des flèches avec des pointes empoisonnées. S’il est nécessaire de se défendre, nous nous défendons. Mais s’ils ne nous attaquent pas, nous ne leur faisons rien. Nous défendons seulement nos familles, nos femmes, nos vieux, si quiconque tente de leur faire du mal.


La lutte est fondamentale pour garantir l’avenir de notre peuple”.

Mauricio Iximaweteri Yanomami


Gardez-vous espoir pour votre avenir, et celui des Yanomami ?

Je suis personnellement investi et je souhaite continuer cette lutte. C’est pour cette raison que je viens ici en Europe, j’essaye de faire connaître mon peuple. Il est important de lutter de toutes les formes possibles. Nous avons besoin d’appuis, de ressources, pour avancer dans cette lutte. La lutte est fondamentale pour garantir l’avenir de notre peuple. J’espère que ce que je réalise servira d’exemple à d’autres jeunes Yanomami. Ce que je désire pour mon avenir et celui de mes enfants, c’est de vivre en sécurité sur mon territoire.

Femmes et enfants yanomami s’embarquant pour un voyage de pêche communautaire, ©Fiona Watson/Survival

Avez-vous un message à faire passer aux générations futures à propos de l’avenir de la planète ?

Il faut que les jeunes arrivent à rêver. Des rêves dans lesquels ils se voient, sans porter préjudice à la Terre, à la planète. Nous sommes tous ensemble, les napëpë, et les Yanomami. Nous avons tous besoin d’un même idéal, qui respecte les rivières, les forêts, les montagnes. Il n’est plus possible d’agir sur la base de l’argent. L’idée que je souhaite faire passer, c’est qu’il est fondamental d’agir pour préserver la nature, de vivre avec elle, de la même manière que nous, les Yanomami, nous respectons nos fleuves, nos forêts, nos animaux.

Propos recueillis par Antoine Portoles, traduis par Silvio Cavuscens. Seconde partie à venir prochainement.

Photo en tête d’article : Mauricio Iximaweteri accompagné de Silvio Cavuscens et de Marie Ndenga Hagbe lors d’une conférence, ©Survival International

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