Une grande étude génétique publiée dans la revue scientifique Nature bouleverse les connaissances sur le peuplement de l’Amérique du Sud. Grâce au séquençage de l’ADN de populations autochtones, les chercheurs démontrent que le continent n’a pas été peuplé en deux vagues migratoires, comme on le pensait jusqu’ici, mais en au moins trois grandes phases successives. Ces travaux révèlent également des échanges anciens entre populations éloignées et la présence inattendue d’ancêtres australasiens dans certains groupes amérindiens.
◆ Découverte majeure
Pendant des décennies, les scientifiques ont considéré que les premiers habitants de l’Amérique du Sud s’étaient installés sur le continent en deux vagues principales : une première il y a environ 15 000 ans, puis une seconde près de 9 000 ans plus tard. Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature remet aujourd’hui en cause cette théorie. Les chercheurs ont identifié l’existence d’une troisième vague migratoire datant d’environ 1 300 ans. Celle-ci serait partie du centre et du sud du Mexique avant de se disperser vers l’Amérique du Sud et les Caraïbes. Cette découverte repose sur l’analyse de l’une des plus importantes bases de données ADN jamais constituées sur les populations autochtones américaines.

◆ Une vaste analyse génétique menée dans huit pays d’Amérique latine
Pour mener leurs recherches, les scientifiques ont travaillé en collaboration avec plusieurs communautés autochtones. Ils ont séquencé le génome complet de 148 individus appartenant à 45 groupes ethniques répartis dans huit pays d’Amérique latine.
Les chercheurs soulignent que les populations autochtones des Amériques ont historiquement été peu présentes dans les études génomiques internationales. Ce manque de données limitait fortement la compréhension des migrations anciennes et des métissages historiques. En combinant ces nouveaux génomes avec des données issues de précédentes recherches sur des populations anciennes et contemporaines, les scientifiques ont pu retracer l’évolution des variations génétiques à travers le continent sud-américain.

◆ Des échanges humains bien plus importants
L’étude révèle également que les populations anciennes d’Amérique du Sud n’étaient pas isolées les unes des autres. Au contraire, des échanges humains réguliers auraient existé entre des régions parfois séparées par des milliers de kilomètres. Cette découverte remet notamment en question l’idée d’une Amazonie coupée du reste du continent avant l’arrivée des Européens. Les chercheurs décrivent une histoire démographique beaucoup plus complexe, marquée par des déplacements fréquents et des interactions anciennes entre différentes populations sud-américaines.

◆ Une étonnante trace d’ancêtres
Parmi les résultats les plus surprenants de l’étude figure la confirmation d’une ascendance australasienne (1) chez certains peuples autochtones d’Amérique latine.
Certains individus étudiés partageraient environ 2 % de leur patrimoine génétique avec des populations originaires d’Australie, de Nouvelle-Guinée et des îles Andaman. Cette signature génétique, déjà observée dans de précédents travaux, suggère d’anciens métissages entre les ancêtres des populations sud-américaines et des groupes liés aux populations australasiatiques. Les scientifiques estiment que cette ascendance remonterait à plus de 10 000 ans.
◆Implications pour la médecine et les tests ADN
Au-delà des découvertes historiques, l’étude révèle que ces recherches pourraient avoir des conséquences concrètes dans le domaine médical. L’identification de nouveaux variants génétiques spécifiques aux populations autochtones pourrait permettre d’améliorer certaines recherches sur les maladies et de développer des soins plus spécifiques. L’étude met également en lumière les limites des tests ADN commerciaux actuels, souvent appuyés sur des bases de données insuffisamment représentatives des populations autochtones sud-américaines. L’intégration de nouveaux profils génétiques devrait ainsi permettre d’affiner les analyses d’origines et de mieux comprendre les métissages liés à la colonisation espagnole et portugaise.
Cette étude publiée dans la revue scientifique Nature transforme profondément la compréhension des origines des peuples sud-américains. En révélant une troisième vague migratoire, des échanges anciens à grande échelle et une surprenante ascendance australasienne, les chercheurs semblent induire une histoire humaine beaucoup plus complexe que celle imaginée jusqu’ici…
« L’homme porte en lui toute l’histoire de l’humanité », Claude Lévi-Strauss
(1) Le terme “australasiens” désigne les populations originaires de la région appelée “Australasie”, qui comprend principalement : Australie, Papouasie-Nouvelle-Guiné et certaines îles du Pacifique et de l’Asie du Sud-Est, comme les îles Andaman.
Jessica Baucher
* Crédit photo en tête d’article ©Pexels



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