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La Guyane en deuil après le départ du chamane Alwin Manéwamo Karwafodi

Arrivé à Saint-Laurent-du-Maroni en 1989, le célèbre dòkò Alwin Manèwamo Karwafodi est décédé le 29 janvier dernier, à 81 ans. Chamane et guérisseur, il avait fui la guerre civile du Suriname (ancienne Guyane hollandaise) avec sa famille. Toute sa vie, il a œuvré pour le rapprochement des peuples de Guyane, étant à la fois reconnu par les communautés amérindiennes et bushinengué. Ses funérailles ont débuté hier, le 3 février, au village Pierre, au son du kalawachi et du sanpula, et se termineront aujourd’hui après une dernière célébration religieuse dans le carbet familial.

◆ Une destinée résolument tournée vers les autres
Père de six enfants : deux filles et quatre garçons, Alwin est devenu chamane suite à la maladie de plusieurs d’entre eux. Arrivé en Guyane à 49 ans, il a, très vite, complété son initiation sur l’île Portal. Il possédait un don rare puisqu’il avait la particularité de savoir “replacer les os”, il était d’ailleurs le dernier guérisseur à maîtriser cette pratique, à Saint-Laurent. Actuellement, les chamanes guyanais, fervents défenseurs d’un usage respectueux de la nature, ont tendance à disparaître. Le pays compte encore six peuples autochtones en Guyane française : les Kali’na, les Pahikweneh, les Lokono, les Wayana, les Wayapi et les Teko. La Fédération des organisations autochtones de Guyane française (FOAG) estime le nombre total d’autochtones à environ 10% de la population totale soit, à peu près, 19 000 personnes. Le chamanisme est pratiqué par la totalité de ces six groupes, au côté des croyances et des rites catholiques ayant accompagné la colonisation et d’une vague d’évangélisation forcée des populations indigènes qui a énormément augmenté ces dix dernières années.
Alwin Manéwamo Karwafodi a toujours travaillé pour le rapprochement des différents peuples. En 2010, il a même été l’un des instigateurs amérindiens des journées des peuples autochtones.


Alwin Manèwamo Karwafodi ©DR

◆Un homme vivant au cœur d’un territoire encore menacé
La Guyane Française, qui compte 80 000 km2 de forêt tropicale humide, offre une incroyable biodiversité naturelle et culturelle. Malgré ces atouts majeurs, les communautés restent encore confrontées à de nombreux défis, notamment l’exploitation illégale de l’or, bien que la France ait adopté la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Le Parc amazonien guyanais (PAG) a connu une augmentation considérable des sites illégaux d’extraction d’or durant ces dernières années. De plus, l’absence de ratification à la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail, limite l’usage de leurs terres et nuit à leur capacité d’autosuffisance.

©Jacob Jutte : Association Panakuh

Medecine-man
Toute sa vie, Alwin Manèwamo Karwafodi a pratiqué la médecine traditionnelle et utilisé une grande panoplie de plantes thérapeutiques, qu’il a, sans cesse, convoquées au renfort des hommes et des femmes, tant pour lutter contre les maladies du corps que celles de l’esprit. Fort de sa double culture, il a démontré que les “différentes flores médicinales” sont des ensembles mouvants, qui voyagent, se transforment et se métissent… à l’image des humains qui les transportent avec eux.


Jessica Baucher


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